Le 07/01/2009

Trois millions aux syndicats pour « fluidifier » l’accord sur le chômage

Trois millions aux syndicats pour « fluidifier » l’accord sur le chômage. À la condition qu’ils acceptent de signer l’accord sur le chômage, l’État verserait une aide aux syndicats. Le montant des allocations de chômage et celui des cotisations versées pour le financer sont, en principe, décidés en toute indépendance au cours d’une négociation qui a lieu […]

Trois millions aux syndicats pour « fluidifier » l’accord sur le chômage. À la condition qu’ils acceptent de signer l’accord sur le chômage, l’État verserait une aide aux syndicats.

Le montant des allocations de chômage et celui des cotisations versées pour le financer sont, en principe, décidés en toute indépendance au cours d’une négociation qui a lieu tous les deux ou trois ans entre syndicats et . La dernière s’est terminée mercredi 24 décembre, après seize heures de palabres. Mais à peine les virtuoses de la calculette s’étaient-ils séparés que les syndicalistes se voyaient confrontés à une intense offensive téléphonique. Au bout du fil : le conseiller social de Sarko, Raymond Soubie, son homologue auprès de Fillon, Éric Aubry, et le secrétaire d’État chargé de l’emploi, Laurent Wauquiez.

Chérèque en solitaire

Sans, évidemment, avoir la moindre intention de faire pression sur les syndicats, les trois hommes ont entonné la même chanson : « Si vous ne signez pas l’accord proposé par le Medef, c’est l’État qui devra prendre en charge l’indemnisation du chômage. Et il ne donnera pas plus. »
Les représentants des salariés n’ont pas vraiment goûté le projet d’accord concocté par le Medef. Seul François Chérèque (CFDT) – c’est une seconde nature chez lui – prêt à signer. Mais à la condition que d’autres syndicats se joignent à lui. Ils ont certes apprécié quelques unes des mignardises proposées par le Medef. Et notamment la réduction à quatre mois (au lieu de six) de la période de travail qui donnera droit pour la première fois à une allocation de chômage.
Mais la main droite patronale a promptement repris ce que la main gauche avait eu la faiblesse d’accorder. Exemple : un salarié licencié devra obligatoirement avoir bossé six mois, au cours des douze mois précédents, pour toucher des allocs. Autre vacherie glissée dans le très patronal projet d’accord : les filières qui permettaient de mieux traiter les chômeurs de longue durée sont supprimées au profit d’un système unique. Or 900 000 demandeurs d’emploi bénéficient de ces dispositifs.
La délégation du Medef a aussi fait adopter le principe d’une double baisse des cotisations de chômage versées par les boîtes (0,5 % au 1er juin prochain, puis au 1er janvier 2010), au terme d’une valse-hésitation à donner le tournis au plus virtuose des derviches. On résume : le 16 septembre, Laurence Parisot présentait la baisse de ces cotisations comme « la priorité » de la négociation. Le 16 décembre, cette exigence était « suspendue ». Mais, une semaine plus tard, Parisot la rétablissait. Résultat, les chômeurs seront de plus en plus nombreux, et l’argent pour les indemniser de moins en moins abondant.

Huile dans les rouages

C’est pourquoi, mercredi 24 décembre, les hussards téléphoniques de Sarko et Fillon on dû mouiller leur chemise pour convaincre les syndicats. Objectif : éviter que Sarko ne soit obligé d’endosser l’impopularité des mesures à venir. Quelques arguments susceptibles de « fluidifier » l’attitude des syndicalistes ont même été avancés.
Ainsi, une de six millions par an versées par l’Unedic et à partager entre patronat et syndicats était vouée à disparaître, dès janvier 2009, avec la mise en place du Pôle emploi, qui doit absorber l’Unedic et l’Anpe. Mais certains syndicats affirment au « Canard » avoir reçu l’assurance que la suppression de cette contribution serait réexaminée s’ils se montraient coopératifs dans ce dossier de l’assurance-chômage. En clair, s’ils signent l’accord. « J’espère que ce n’est pas sérieux… Ce serait du chantage » maugrée Jacques Voisin (CFTC). Bernard Van Craeynest (CGC), lui, se veut philosophe : « C’est classique ».
Classique, peut-être. Mais tentant pour certains.

Source : Le Canard enchaîné du 31 / 12 / 08

Publié par Observateur le 7/01/09

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