Le 28/05/2009

Subventions à l’agriculture : la fuite en avant

À la fin des années 1980, les subventions représentaient environ 15 % du revenu des paysans français. On a pu établir qu’elle dépassaient désormais les 75 %. La moitié du budget de l’Union européenne va à une activité qui génère environ 3 % du PIB. Une chronique de « L’Insolent ». FUITE EN AVANT DES SUBVENTIONS « Le […]

À la fin des années 1980, les subventions représentaient environ 15 % du revenu des français. On a pu établir qu’elle dépassaient désormais les 75 %. La moitié du budget de l’Union européenne va à une activité qui génère environ 3 % du PIB.

Une chronique de « L’Insolent ». agriculture-aides-agricoles-europeennes-europe-financements-fonds-publics-france-michel-barnier-ministre-de-lagriculture-pac-politique-agricole-commune-subvention-subventions-union-europeenne-paysans-charges-revenus-agricoles-primes-taxes-cotisations

FUITE EN AVANT DES SUBVENTIONS

« Le 25 mai, dans le centre de Berlin, quelques milliers d’ allemands – 6 500 selon les organisateurs et 3 000 selon la police – ont défilé en protestant contre la chute brutale du prix du lait brut payé au producteur. Immédiatement, le gouvernement a annoncé une baisse des sur le carburant agricole.

Je n’applaudis pas spécialement ni à cette réaction, ni à l’aspect technique de cette disposition dérogatoire. Toute exonération, toute niche fiscale contient sa part de perversité.

Je constate simplement qu’outre-Rhin, face à un courant de mécontentement on pense en l’occurrence à une décrue fiscale.

Et dans l’Hexagone de fort nombreuses , taxes, imposées à l’ offriraient aux pouvoirs publics la très riche possibilité d’abrogations libératrices.

Or voici comment nos technocrates réagissent à une situation identique, et pour cause puisqu’il s’agit du même produit sur le même marché. Parmi nos décideurs, le plus visible en ce moment, figure sur les affiches de la terne campagne des « européennes » du 7 juin en Île de France en la personne de M. Barnier, ministre de l’Agriculture à ses moments perdus. Peut-être, feint-il habituellement de paraître le plus niais. Pourtant, la communication ne vient pas de lui : elle émane du Premier ministre, François Fillon.

Le 26 mai ses services annonçaient, face à ce qu’on appelle « la colère » des producteurs de lait, le « versement anticipé des aides communautaires » pour les exploitants agricoles dès le 16 octobre, conformément à ce qu’a prévu la veille la Commission européenne. Cette mesure sans précédent, ajoutait triomphalement le communiqué de l’hôtel Matignon « a été rendue possible hier par la Commission européenne. Les États membres seront autorisés à payer de manière anticipée dès le 16 octobre prochain 70 % des aides directes, normalement payées le 1er décembre 2009 ».

La veille en effet la Commission de Bruxelles, présidée sans doute de droit divin par l’indispensable José Manuel Barroso, avait accordé des aides financières limitées au secteur laitier pour calmer les éleveurs ruinés. Car ceux-ci manifestaient ce jour-là dans plusieurs pays. En tant que ministre français de l’Agriculture, M. Barnier, a cru bon saluer alors un « premier pas » tout en regrettant qu’il ne se situe « pas à la hauteur des difficultés ni des enjeux de la filière en Europe sur le moyen terme ».

Ceci ne veut évidemment rien dire et cherche à ménager la chèvre et le chou.

En 2006, l’OCDE établissait ainsi un comparatif de la part des subventions dans les .

On mettra éventuellement de côté le Japon avec 58 % : celui-ci tient à des raisons aisément repérables, et, disons-le, il entraîne des conséquences désormais très dommageables pour l’archipel. On atteint
34 % en Europe,
-contre 17 % aux États-Unis (taux encore énorme, qui correspond à des sommes distribuées plus intelligemment)
-mais surtout contre une fourchette de allant de 2 à 6 % en Nouvelle-Zélande, Brésil, Australie Russie et Chine).

Pas besoin de poser au futurologue ou de sortir de Saint-Cyr, ni même de suivre pas à pas les négociations de l’ex-GATT devenu OMC, pour se représenter les perspectives d’avenir. L’Europe ne peut que renoncer progressivement à des aides agricoles qui la pénalisent. Celles-ci absorbent, aujourd’hui encore, la moitié du budget communautaire en direction d’une activité qui génère environ 3 % du PIB. Ajoutons enfin que la répartition même de ces aides ne pourra pas éternellement exclure les 12 nouveaux pays d’Europe centrale.

Or la France, depuis les années 1990, a choisi le chemin rigoureusement inverse de celui que commanderait le bon sens.

À la fin des années 1980, les subventions représentaient environ 15 % du revenu des paysans français. Elles sont arrivées à la parité vers 1997, et depuis on a pu établir qu’elle dépassaient désormais les 75 %. On a même communiqué sur un pourcentage de 77% (1). En gros cette part représente le double de la moyenne ouest-européenne, qui elle-même se situe à un niveau deux fois supérieur aux pourcentages nord-américains.

Nous sommes revenus à une économie de cueillette et de chasse, où le gibier se compose de .

Mais on ne touche pas aux charges indues que le système impose à la terre. On ne remet notamment jamais en cause, on exclut même du débat public quiconque tenterait d’évoquer, les cotisations monopolistes qui frappent l’exploitant sous prétexte de le protéger.

D’un ancien candidat à la présidentielle dont j’ai oublié le nom, mais dont je me souviens qu’il parlait, en 2006, de « rupture », et que ses adversaires décrivent comme un « ultralibéral », on aurait pu souhaiter qu’il redonnât vie à la revendication essentielle, la seule légitime, en faveur de la libre entreprise : « Moins d’aides moins de primes ».

Il me semblerait fécond de retourner à cette vérité première. » agriculture-aides-agricoles-europeennes-europe-financements-fonds-publics-france-michel-barnier-ministre-de-lagriculture-pac-politique-agricole-commune-subvention-subventions-union-europeenne-paysans-charges-revenus-agricoles-primes-taxes-cotisations

Jean-Gilles Malliarakis

1. Établi en 2007 par la revue professionnelle « Agreste ».

Article extrait de L’Insolent

Pour aller plus loin :

Les subventions de la PAC en quelques chiffres

Subventions : la vérité sur les super-bonus de la PAC

Tous nos articles sur les subventions à l’agriculture

Publié par Observateur le 28/05/09

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  • Par mepdemontif, le 09/03/2014

    pour information :
    cet article comporte de nombreuses incohérences/erreurs d’interprétation :
    1/ pour comparer le PIB de l’agriculture il faut lui adjoindre celui de l’agro-alimentaire qui lui est directement lié!!!
    2/ les primes ont changé de fonctionnement après les années 80, en passant d’une aide aux maintient des cours et n’allant pas aux agriculteurs à des aides directes. En contre partie cela a permis un maintient à des niveau bas des produits agricoles et agro-alimentaires => il faut donc analyser les primes dans le produit finis et pas que dans la poche des agriculteurs. de plus la taille des structures des années 1980n’est pas la même que celle des structures actuelles le ramené aux tonnage vendu par production ou au pire au Chiffre d’Affaire serait plus logique.
    3/ les USA ont des aides identiques mais liées au développement de l’agriculture!!! aide aux investissements, etc… et avec un fort protectionnisme…
    4/ si on veut supprimer les primes il faut alors accepter 2 choses : une hausse des cours (donc du prix des aliments) et un protectionnisme renforcé (ce que veulent certains filières mais pas toutes (comme celle des vins et spiritueux..) et de fait une incidence dans nos échange internationaux : renchérissement de certaines denrées…
    5/ la part des primes dans le revenu agricole : il faudrait également voir l’évolution du revenu dans le temps, et le rapport en revenu/heure travaillé…. et on verrait ainsi qu’un éleveur ovin ou bovin risque souvent son capital personnel pour un salaire de misère, et est « emm… »; par de la paperasserie drastiques avec des « normes à tout bout de champs », à une image dégradé par des articles de ce genre, alors que l’on devrait revenir sur d’autres points : 1/ la sécurité alimentaire, 2/ la qualité des produits français et européens 3/ l’entretien du paysage 4/ les efforts écologiques drastiques effectuées en quelques décennies 5/ un métier qui est devenu un vrai métier de professionnel depuis l’après guerre 6/ si on maintient les contributions des pays européens au même niveau et que l’on enlève ou réduit les aides a l’agriculture alors nous allons perdre beaucoup…7/ j’en oublis assurément beaucoup…

    Par Objectif, le 24/11/2016

    Juste un ouvrier: J’ai beaucoup de famille pour la plupart exploitants agricole.
    Depuis la PAC mes amis agriculteurs investissent à outrance dans l’immobilier un jeune de mes frères (petite ferme) me dit placer les 25000 euros de prime annuel l’autre travaillant sur beaucoup plus grand 150 hectares place 58000 euros par an de subventions.
    Je travaille avec des gens dans l’industrie qui gagnent en moyenne 1200 euros mensuellement, alors cherchez l’erreur.L’agriculteur coûte beaucoup plus cher que le chômeur et le chômeur paye une assurance chômage, l’agriculteur reçoit de l’argent pris dans la poche de l’ouvrier , c’est un fonctionnaire qui n’a pas besoin de fournir un travail pour être payé, je connais même des agriculteurs en retraite qui mettent leur ferme au nom de leur épouse et qui continuent à travailler afin d’obtenir une retraite pour celle-ci.
    Je m’en fiche ils ont la chance de pouvoir chasser les primes mais qu’ils arrêtent de pleurer ces seigneurs nourris par l’ouvrier!
    Je vous dis ce que je pense, je vous aime bien quand même, je ferais peut-être pareil mais s’il vous plait reconnaissez que vous êtes nourri par les autres! L’ouvrier n’a rien quand il part en retraite, vous quand vous vendez c’est en million d’euros que l’on parle alors soyons sérieux.Tant mieux pour vous, il parait que vous nous nourrissez bien, la France est le pays d’Europe utilisant le plus de pesticide!
    Je pourrais continuer mais je vous aime bien mes amis cupides alors je vous laisse avec votre argent largement distribué.

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