Le 19/10/2010

Quand les élus locaux voyagent aux frais du contribuable

Les élus ont un bon prétexte pour gaspiller l’ argent local : l’international. Communes, départements et régions se mêlent de ce qui ne les regarde pas, c’est-à-dire d’international. Au menu : voyages, maisons de la région, subventions… Quand il s’agit de dépenser de l’argent pour des actions à l’étranger, les collectivités agitent deux sortes de […]

Les élus ont un bon prétexte pour gaspiller l’ argent local : l’international. Communes, départements et régions se mêlent de ce qui ne les regarde pas, c’est-à-dire d’international. Au menu : , maisons de la région,

coopperation-decentraliseeQuand il s’agit de dépenser de l’argent pour des actions à l’étranger, les collectivités agitent deux sortes de prétexte. Le premier, le plus classique, c’est de promouvoir l’image de la région à l’étranger, et ainsi d’attirer investisseurs, touristes, chefs d’entreprises. Le deuxième est imparable : c’est celui du cœur. Laisserons-nous ces pauvres dans la misère, ces enfants dans l’illettrisme, ces exclus dans l’exclusion ? Il faut agir ! Voici comment.

Voyages, voyages…

Jean-Philippe Bayon adore voyager. Cela tombe bien : le vice-président Vert, délégué à la solidarité internationale et à la coopération décentralisée de la région Rhône-Alpes, voyage presque autant que le ministre des Affaires étrangères.

L’élu est censé contrôler sur place la bonne utilisation de l’argent du contribuable rhône-alpin. Ses audits ne sont pas loin de s’avérer plus coûteux que l’aide versée. En trois ans, il a effectué 35 voyages, parcouru 351 300 kilomètres et visité plus de 20 pays. Coût estimé en juillet 2008 des billets de l’élu et de son collaborateur : au moins 100 000 euros, selon le mensuel Capital.

En novembre 2008, il s’est rendu au Congo-Brazzaville, au Sénégal et au Vietnam ; en décembre, au Burkina Faso et au Maroc ; début 2009 : en janvier au Laos, en février au Mali, en mars en Turquie, au Burkina Faso et en Tunisie. « Il voyage en classe éco », s’est contenté de répondre la Région interrogée à ce sujet. Un peu court, comme justification !

À Saint-Louis de la Réunion, on aime non seulement les voyages mais aussi le football, ce n’est pas incompatible. D’ où l’ organisation d’un agréable séjour en Afrique du Sud d’une délégation de 180 personnes, lors de la dernière Coupe du Monde de football. Sous couvert d’ une dirigée par son propre frère et fort de ses relations avec le petit-fils de Nelson Mandela, le maire Claude Hoarau a emmené ses amis pour assister à trois matchs.

Selon le site d’informations locales Zinfos 974, « certains ont voyagé gratuitement, et d’autres ont payé leurs billets. Dans le groupe, on retrouve des employés communaux de Saint-Louis, certains de leurs proches, et des citoyens lambda, heureux de participer à la fête ». L’ association locale Contribuables 974 a déposé deux plaintes contre Claude Hoarau, jeudi 1er juillet, pour détournements de fonds et prise illégale d’intérêts.

Des subventions en veux-tu en voilà

En matière de subventions à l’étranger, c’est sans doute la région d’Ile-de-France qui remporte la palme.

Citons, parmi bien d’autres, les 65 000 euros versés à un spectacle présenté à Santiago « proposant un voyage dans l’historique du mouvement hip hop, de ses repères, de sa gestuelle », 48 000 euros pour former des élus analphabètes à Nioro, au Mali, 11 000 euros pour développer la pratique du football dans la province de Gauteng, en Afrique du sud, 400 000 euros, excusez du peu, pour le musée Salvador Allende au Chili, 20 000 euros pour le « rayonnement international » de la Région, notamment pour payer les frais de locations de salles, de transport, de création de brochures, etc.

Mais le Grand Lyon se défend bien également. Le 6 septembre, apprend-on dans le site Lyoncapitale.fr, « les élus du Grand Lyon ont renouvelé leur subvention aux Lyonnais de New York ». Cette association qui compte 460 membres actifs vise à promouvoir l’image de Lyon à l’étranger et aider les Français voulant faire des affaires aux États-Unis. Montant de la subvention : 55 000 euros.

Au conseiller Robert Thevenot qui réclamait une évaluation du dispositif mis en place, le président de l’agglomération, très au-dessus des basses contingences matérielles, a déclaré : « Il ne faut pas prendre les choses par le petit bout de la lorgnette. C’est en allant à l’étranger que l’on fait venir des entreprises à Lyon ». Et de citer le cas d’une société japonaise qu’il « espère » bientôt accueillir sur le territoire rhodanien. Bref, les résultats se font attendre.

Connotations politiques

Il y a aussi les subventions à fortes connotations politiques. Au nom de la « coopération décentralisée », des collectivités territoriales s’autorisent à financer des projets qui vont très au-delà de leurs compétences locales. Le Conseil général de Seine Saint-Denis a par exemple débloqué 20 000 euros de « subvention exceptionnelle » au réseau de coopération décentralisée de Palestine. Voilà qui fait bondir l’association des contribuables d’Aubagne, en la personne de son très dynamique président Gabriel Lévy. Celui-ci a réussi à faire annuler une subvention semblable dans sa région :

«À la suite du recours de notre association, explique-t-il, le tribunal administratif de Marseille a annulé la délibération de la commune de La Penne-sur-Huveaune relative à l’octroi de la somme de 1 500 euros au fonds de solidarité et d’urgence pour les collectivités locales et la population de la bande de Gaza ».

Il n’en va pas toujours ainsi. Alors que le Tribunal administratif de Lyon avait reconnu l’intérêt à agir de l’association lyonnaise Canol et annulé des subventions accordées par le conseil général du Rhône et le conseil régional Rhône-Alpes, il a refusé d’annuler une subvention du Grand Lyon à l’association France-Algérie pour restaurer la Casbah d’Alger.

« Ce jugement n’a pas été pris sur le fond, regrette l’association, mais simplement sur un soi-disant “manque d’intérêt à agir” de Canol, “la décision du Grand Lyon n’ayant d’incidence que sur une partie des contribuables du département”, d’après le tribunal ». Comme si le Grand Lyon ne faisait pas partie du département du Rhône !

La ville de Paris, sous l’ère Delanoë, n’est pas en reste. Elle avait versé, en 2003, une subvention d’un million d’euros pour l’organisation du Forum social européen.

Le député Roland Blum s’en était ému à l’Assemblée : « Il s’avère […] que l’organisation d’un tel forum est d’autant plus contestable qu’il doit accueillir certaines personnalités notoirement antisémites […]. On peut se demander légitimement à quel intérêt communal pourrait correspondre une telle subvention pour un forum dont les débats seront générateurs de désordres et de discorde ».

Maisons à l’étranger

À tout seigneur tout honneur, commençons par le champion toutes catégories de la dépense internationale inutile : Georges Frêche, roi de Septimanie et président de la région Languedoc Roussillon. Fin 2006, il a décidé de créer 15 maisons, ambassades de la région sur les cinq continents.

Le rôle officiel de ces maisons est d’ouvrir de nouveaux marchés aux entreprises, et attirer une nouvelle clientèle touristique. Leur loyer moyen est estimé à 350 000 euros. Sans compter les salaires des personnels et les frais d’entretien. Pour 2009, le budget des 5 maisons en place s’élève à 6 millions d’euros. Après Bruxelles, Milan, Londres et Shanghai, la maison de New York a été inaugurée en avril 2009. Dix autres sont en projet.

Selon une enquête du mensuel Capital de juillet 2008, ces coûteuses ambassades ne croulent pas sous la clientèle. Du 2 au 6 juin 2008, celles de Milan, de Shanghai et de Londres ont attiré cinq visiteurs par jour, celle de Bruxelles… aucun.

Mais la collectivité qui a montré la voie est le conseil général du Loiret, qui a éprouvé le besoin, en 1994, d’installer une Maison du Loiret au Rwanda, « ses 1 500 mètres carrés et ses treize pièces avaient servi de relais de chasse aux édiles du coin et à leurs amis », écrit Yvan Stéfanovitch dans « Régions : le grand gaspi » (éditions du Rocher).

Charles-Henri d’Andigné

Sur le sujet, lire le dossier du Cri du Contribuable n° 89 d’ octobre 2010.

Publié par Rédaction le 19/10/10

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