Le 18/10/2013

La transformation de France Télévisions a coûté 101 millions d’ euros

Pour l'instant, la colossale réforme de France Télévisions se traduit surtout par une immense facture: 101,2 millions d'euros.

Selon un document secret, la fameuse transformation du groupe public en entreprise unique a coûté 101,2 millions d’euros. Pour ce qu’elle a rapporté, on verra plus tard…

La transformation de France Télévisions a coûté 101 millions d' eurosSur le papier, il était mirifique, le grand projet d’ « entreprise unique » de France Télévisions. Fusionner la quarantaine de sociétés chapeautées par le groupe public ( France 2, 3, 4, 5, RFO et leurs filiales), mutualiser les moyens des chaînes, supprimer leurs patrons au profit de directions centrales, uniformiser les statuts des uns, aligner les salaires des autres… Finis les doublons et les gaspillages, vive les synergies et les économies !

Lancée en 2009, dans un concert d’auto-congratulations, par l’ex-PDG Patrick de Carolis, l’opération a été menée à terme, 4 ans plus tard, par son successeur Rémy Pflimlin. Pas de quoi faire la fête ! Pour l’instant, cette colossale réforme se traduit surtout par une immense facture: 101,2 millions d’euros. Une paille.

La douloureuse tient en 7 pages, intitulées: « Coûts de transition liés à la mise en place de l’entreprise commune France Télévisions« . Un document de synthèse tout droit sorti de la direction du groupe France Télévisions, dont le Canard enchainé a pu déguster, sans modération, les multiples tableaux et leurs chiffres à six éros. Cabinets conseils, études savantes, voyages ( de travail bien sûr), nouveaux systèmes informatiques, déménagements et emménagements, plans de départ, tables rondes sociales, formations, etc. : le détail des dépenses et des prestations est aussi foisonnant que délirant !

Premiers bénéficiaires de ce grand chantier public: l’américain Bain & Company et le français Ineum Consulting, 2 cabinets privés de consultants internationaux plutôt décomplexés quant à leurs honoraires. Pour leurs « missions de conseil stratégique » et d’ « accompagnement à la conduite du changement », le premier s’est embourbé 11,3 millions d’euros, et le second a empoché 3,06 millions entre 2009 et 2010.

Pour les précieuses consultations en matière de ressources humaines, et histoire de fluidifier un peu la ré-organisation sociales, des dizaines d’autres petits experts privés ont été dignement rémunérés. Le cabinet Secafi-Alpha, très proche de la CGT, a touché, pour le « suivi de la réforme », 660 000 euros. Pour l’ « accompagnement de la négociation avec les syndicats », Dialogues, un club d’experts ami de la direction de France Télévisions, a eu droit à 77 000 euros. Pour une prestation similaire de « négociations sociales », Altedia  a ramassé 275 000 euros ! Etc…

Dans cet invraisemblable listing, les euros coulent à flots pour tout et rien. Coût de l’ « assistance à la mise en oeuvre d’une classification des emplois », 165 000 euros. La « mise en place du nouveau système de paie », 607 000 euros. Le dossier « ouverture du capital de la régie », qui n’a jamais eu lieu: 1,1 million d’euros. Le changement revient cher. L’ « accompagnement au changement culturel dans les directions fusionnées », c’est 200 000 euros. L’analyse de la « perception du changement », elle, a nécessité 2 études, pour 96 000 euros. Bien sûr, redoutant que ses salariés ne vivent mal tous ces… changements, France Télévisions a recruté 2 spécialistes en risques psychosociaux ( Socotec et JLO Conseil): 536 000 euros !

Ajoutons-y les coquettes dépenses immobilières ( 15,7 millions) ou de « communication interne » pour mettre en place le projet: 3,9 millions de d »placements ( pour les télés d’outre-mer, entre autres) et de « conventions managériales ». Enfin un vaste plan d’incitation au départ à la retraite – plus de 700 partants à 45 000 euros par tête de pipe, en moyenne – laisse ce gros chiffre dans la colonne des dépenses: 35,6 millions d’euros. France Télévisions est effectivement une unique…

Le résultat de cette overdose de frais ? Dans les couloirs, producteurs, salariés et syndicats passent leur temps à se plaindre du foutoir. Ils se retrouvent face à une armée mexicaine de dirigeants ou une médecine du Travail en surchauffe. Vu le boxon, le pauvre Pflimlin a réinstauré les directeurs de chaîne. Et des centaines de recrutements, ces dernières années, ont fait oublier la vague de départs à la retraite à 35 millions: le groupe France Télévisions comptait 10 206 postes voilà 3 ans, contre… 10 200 aujourd’hui. Six postes de moins: le dégraissage du mammouth est en marche !

En lançant sa réforme, Carolis avait osé chiffrer ses promesses: 66 millions d’euros d’économies attendus dès 2012. Et 4 fois plus les années suivantes ! Personne n’en a vu la couleur, si bien que Pflimlin a dû lancer un… nouveau plan de rigueur, avec flingage d’émissions et énième charrette de volontaires ( 361 postes annoncés cette semaine). Les contrôleurs de l’audiovisuel public rigolent jaune, à commencer par la député PS Martine Martinel. Dans un rapport d’information du 25 septembre, elle a clos le débat sur le grand projet de Carolis: « La mise en place de l’entreprise (…), à ce stade, semble générer plus de surcoûts que d’économies. Il est impossible de chiffrer les économies déjà réalisées ou celles qui pourront l’être dans les prochaines années par l’entreprise commune. » Tout es dit ! Et rien n’est contesté par l’actuelle direction de France Télévisions.

Dépenser 100 millions d’euros pour ne pas réussir à économiser un fifrelin, c’est une réussite peu commune !

Article extrait du Canard enchaîné du  16/10/13

Publié par Rédaction le 18/10/13

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