Le 12/09/2014

Qui va payer pour le Musée des Confluences de Lyon ?

Le chantier du musée des Confluences de Lyon aura pris 6 ans de retard et coûté 5 fois plus que prévu.

Lancé en 1999 par le Conseil Général, le chantier du musée des Confluences devrait enfin être achevé en décembre 2014, pour une ouverture au printemps prochain. Soit 6 ans de retard et un coût 5 fois supérieur aux prévisions initiales.

Qui va payer pour le Musée des  Confluences de Lyon ?

«Qu’est-ce que 5 ans à l’échelle de l’histoire de Lyon ?», philosophe le vice-président du département, Jean-Jacques Pignard, qui assure que « le contribuable n’a pas déboursé un sou », les millions d’euros tombant probablement du ciel.

Ce n’est pas l’avis des opposants au projet. Rares au conseil général, où les rallonges budgétaires n’ont suscité, au pire, que des abstentions, ils sont bien plus nombreux dans les rangs de l’association CANOL. Qui pose à présent la question du futur coût d’exploitation du musée des Confluences: de 15 à 20 millions d’euros par an, le chiffre officiel ? Ou deux fois plus ?

Le quadrupède a coûté un bras:

Ce sera sans nul doute l’attraction phare du lieu. Mais le squelette de dinosaure acheté à grands frais (1,2 million d’euros) pèse lourd dans l’enveloppe censée enrichir les collections.

Le budget global du musée des Confluences n’a cessé d’enfler :

En ajoutant aux 182 millions votés fin 2011 les 85 millions déjà dépensés, on arrive loin, très loin, de l’estimation présentée en 2000…

– 2000 : 62 millions d’euros
– 2011 : 91,4 millions d’euros
– 2006 : 152 millions d’euros
– 2007 : 161 millions d’euros
– 2008 : 178 millions d’euros
– 2013 : 313 millions d’euros

Le bilan coût-bénéfices du musée des Confluences est désastreux.

Le conseil général table sur 500 000 entrées chaque année. Ce qui, au vu de la note finale, risque d’en faire le musée de prestige le moins rentable d’Europe. La culture n’a pas de prix, c’est connu.

Si on compare le montant des travaux / nombre de visiteurs / an à d’autres musées :

– Musée des Confluences, Lyon (2014) 313 millions d’euros / 500 000 prévus
– Centre Pompidou, Metz (2010) 65 millions d’euros / 335 000 (2013)​
– Musée Reina Sofia, Madrid (2005) 92 millions d’euros / 2,7 millions
– Musée Guggenheim, Bilbao (1997) 150 millions d’euros / 960 000
– Musée du Quai Branly, Paris (2006) 233 millions d’euros / 1 307 326 (2013)

Les petits détails qui ont fait les grosses ardoises

Terrain : La conception du bâtiment, qui concentre toutes les charges sur 3 appuis, ne tient pas compte de la localisation : le terrain alluvionnaire, pollué, n’est pas porteur et a nécessité des fondations complexes jusqu’à 24 mètres en dessous du niveau du fleuve.

Isolation : Situé dans un couloir ouvert à tous les vents, le bâtiment, tapissé d’immenses vitres, risque de coûter cher en chauffage.

Joints : Les 17 000 plaques en Inox, toutes de tailles différentes, qui forment la vêture, doivent être ajustées au millimètre près.

Entretien : Impossible de nettoyer le «nuage», anguleux et posé à 8 mètres de hauteur, sans faire appel à une société spécialisée.

Béton : Il a fallu en couler 21 000 m3 dans le socle pour soutenir la charpente, l’équivalent de dix piscines olympiques.

Déroulement du projet

Contrat programmiste en 2000 : perdu !

Contrat SERL 2 millions d’euros en 2000 (Maîtrise d’ouvrage déléguée). Ce contrat sera multiplié par 3,5.

Choix Maître d’œuvre sur la base d’un concours : Coop Himmelbaum, cabinet d’architectes autrichien répondait à un programme de 61 millions d’euros. Ce contrat sera passé sur une base de 59 millions d’euros pour le seul coût des travaux et subira une augmentation de 86%, alors que le coût des travaux sera multiplié par 5 !

« Dialogue compétitif » avec les entreprises en 2004. Fayat Bec en concurrence avec Eiffage-Vinci.

En septembre 2005, choix de BEC Frères (Groupe girondin Fayat) pour un marché de travaux de 150 millions d’euros.

SERL contrat de 5 millions d’euros en 2005. Choix de BEC Frères (Groupe girondin Fayat) pour un marché de travaux de 150 millions d’euros.

Début des travaux en 2006. Problèmes entre la MOE et BEC dans le contexte de l’accident du terminal de Roissy, les assureurs refusent d’assurer et bloquent le projet au motif que les risques étaient trop élevés.

Patriarche & Co désigné « architecte d’opération » aux côtés de Coop Himmelbaum, et réalisera les plans directeurs réclamés par BEC.

Le contrat Fayat-BEC est résilié en 2008 pour « motif d’intérêt général » sans faute avérée, puisque l’entreprise n’est pas pénalisée, mais indemnisée. Le motif d’intérêt général n’est pas acceptable, le motif de blocage n’étant pas extérieur aux parties, mais une décision arbitraire. Après une reconsultation difficile, faute de candidats, VINCI prend le relai en 2009.

En 2014, alors que les marchés ne sont pas soldés, le coût de l’opération est évalué à environ 350 millions d’euros, à comparer aux 61 millions initiaux.

Et le coût d’exploitation du musée des Confluences ?

Alors que l’inauguration est prévue en décembre 2014 et que du personnel a déjà été embauché depuis plusieurs années, il est impossible de connaître le budget de fonctionnement du musée. Le chiffre de 13 millions d’euros est annoncé, manifestement sous-estimé. Par analogie aux autres musées récents, ce chiffre sera plus que doublé.

Comme dans le meilleur des cas les recettes de billetterie et des produits annexes seront de l’ordre de 3 millions d’euros, de 10 à 20 millions d’euros devront être financés par la collectivité. A l’occasion de la réorganisation territoriale, l’absence de données ne semble pas inquiéter le futur président de Lyon métropole Gérard Collomb, futur gestionnaire du musée.

Comment en est-on arrivé là ?

Il a fallu un total mépris des dont on vole l’argent, une incompétence crasse, et des infractions répétées et délibérées à la réglementation des marchés publics.

L’association CANOL étudie depuis plusieurs années la construction du Musée des Confluences à Lyon. Ce projet a été initié par le Conseil général du Rhône, alors présidé par Monsieur Michel Mercier, le 17 juillet 2000. Deux membres de CANOL, l’un spécialiste reconnu du droit des marchés publics, l’autre ancien cadre d’un géant du BTP, ont analysé des centaines de pages de dossiers ; du moins ceux que le Conseil Général a bien voulu nous

Cet énorme travail a abouti à la collaboration de CANOL avec la rédaction du mensuel LYON CAPITALE de septembre. Cette dernière a complété ses sources avec les nôtres, ce qui a permis de publier un dossier unique, d’un très grand intérêt pour tous les contribuables du Rhône et de la future Métropole de Lyon qui verra le jour le 1er janvier 2015. A cette date, cette nouvelle collectivité ( qui remplacera le Grand Lyon) héritera de ce monstre de dérapages financiers, de cumuls de négligences, de délais bafoués, qui va aboutir à ce qui restera comme l’un des plus grands gaspillages financiers d’une collectivité territoriale de cette décennie.

Nous vous conseillons vivement de vous procurer ce numéro de septembre de Lyon Capitale et de vous reporter sur le  site www.canol.fr.

Publié par Rédaction le 12/09/14

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Par marius, le 22/01/2015

Fondations complexes jusqu’à 24 mètres en dessous du niveau du fleuve? Beaucoup plus que ca!

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