Le 11/12/2015

Alliance écologiste indépendante : « 30 millions » promis pour un soutien à Estrosi

En échange de son soutien à Christian Estrosi, le leader de l'alliance écologiste indépendante, Jean-Marc Governatori, 4% au premier tour, a obtenu la création d'un institut pour l'écologie et la qualité de vie, doté de 30 millions d'euros sur 6 ans et présidé par lui-même.

Source : MarsActu.fr

alliance-ecologiste-estrosi-regionales

À l’heure où les élus socialistes attendent de Christian Estrosi des gages sans obtenir de réponse, un des candidats battus se frotte déjà les mains. Cet homme, c’est Jean-Marc Governatori, tête de liste de l’Alliance écologiste indépendante (AEI), arrivée en cinquième position derrière les quatre « grandes » listes avec 4 % des suffrages. À 2,5 points de la liste d’union Europe écologie-les Verts et le Front de gauche. Il peut se réjouir d’avoir obtenu en échange de son soutien la promesse de la présidence d’un institut indépendant doté de 30 millions d’euros sur six ans.

Le lendemain du scrutin, à 7 heures du matin, il est à l’hôtel Radisson, sur le Vieux-Port. Il y a rendez-vous avec Christian Estrosi, Niçois comme lui et Anthony Borré, son directeur de cabinet. Les trois hommes ont déjà eu de nombreux contacts téléphoniques dans la soirée du dimanche mais Jean-Marc Governatori veut parler de vive voix avec le dernier candidat en lice pour affronter Marion-Maréchal Le Pen.

COUPS DE FIL EN RAFALE

« Anthony Borré a été le premier à m’appeler au soir du premier tour pour connaître ma position pour le second, explique le co-secrétaire national de l’AEI. Je lui ai répondu qu’il était trop tôt et que j’attendais de connaître précisément la position du candidat socialiste. J’ai ensuite eu de nombreux autres appels. » Parmi ceux-ci, on trouve selon La Provence le socialiste Jean-Louis Joseph pour la liste Castaner mais aussi, Olivier Bettati, conseiller municipal niçois et tête de liste FN dans les Alpes-Maritimes. Un contact confirmé par l’intéressé : « Je connais Jean-Marc depuis 25 ans. Je l’ai appelé pour le féliciter pour son score et lui proposer de se voir. Il m’a dit qu’il était en route pour Marseille et qu’il avait un accord avec Estrosi. Je lui ai dit de demander un maximum et qu’il l’aurait. »

En tout cas, la rencontre du Radisson a été fructueuse. Selon Jean-Marc Governatori, il a obtenu d’Estrosi si ce dernier est élu, la création de cet « institut pour l’écologie et la qualité de vie », dont il serait le président et dont il revendique l’idée. Governatori annonce aussitôt son soutien dans un communiqué :

Suite à notre score de 4 % au premier tour des Régionales en région PACA et à ma rencontre avec Christian Estrosi et son équipe, nous avons choisi de soutenir sa liste au deuxième tour étant donné, d’une part, le projet de société de Marion Maréchal Le Pen incompatible avec nos valeurs, et son inexpérience, d’autre part, la validation par Christian Estrosi de notre projet de l’Institut pour l’Écologie et la Qualité de la Vie, axé sur 4 piliers (agriculture, économie, démocratie, santé) afin d’améliorer rapidement et durablement la qualité de vie des habitants de la région (notamment par le plein emploi et l’autonomie alimentaire et énergétique).

Toujours selon ses dires, quand il rejoint Nice, Jean-Marc Governatori tient en main une « convention signée » de la main même de Christian Estrosi qui reprend ses propositions programmatiques. « Il m’a indiqué que sa profession de foi était déjà partie chez l’imprimeur et qu’il ne pouvait y intégrer nos propositions, explique-t-il. Mais la convention que nous avons signée prévoit la création de cet institut indépendant de la région que je présiderai à titre bénévole et qui sera dotée de 5 millions d’euros par an. Ce n’est absolument pas du marchandage. Cela paraît logique qu’une assemblée sans élu écologiste puisse se doter d’un institut estampillé comme tel et présidé par un véritable écologiste. Cela permettra de développer des monnaies locales, des réseaux d’Amap, des banques du temps. Autant d’idées que j’ai développées dans le livre que j’ai écrit avec Albert Jacquard ».

30 MILLIONS SUR SIX ANS

Étonnante promesse pour un candidat LR loin d’être sûr de gagner et défenseur de la frugalité budgétaire. Nous n’avons d’ailleurs pas pu recouper ce montant auprès de son équipe de campagne. « C’est une goutte d’eau car mes propositions vont permettre de créer de nombreux emplois et d’améliorer la qualité de vie. Au final, ces 30 millions sur plusieurs milliards seront une économie pour la région », détaille-t-il. L’institut serait donc doté de 30 millions d’euros sur six ans et d’une petite équipe pour la faire tourner. Tête de liste pour Les Républicains dans les Bouches-du-Rhône, joint ce mardi, Renaud Muselier ne connaît pas le contenu de l’accord mais il confirme : « Cet institut, nous voulions le créer de toute manière. C’est dans notre programme ».

Pour autant, Jean-Marc Governatori n’en est pas à son premier contact avec les autres partis. Il a cherché pendant des mois à s’unir avec d’autres listes en lice. Dès le mois de mai, Patrice Miran et lui entament des discussions avec Guy Benarroche, secrétaire régional d’Europe écologie-les Verts. Ce dernier raconte : « À l’époque, nous souhaitions élargir la future liste Région coopérative à l’ensemble des mouvements qui défendent l’écologie politique comme Cap 21 ou Génération écologie. Nous avons donc eu plusieurs échanges et nous étions d’accord sur le mode de fonctionnement de la liste et le programme. Puis il a rompu le dialogue. » 

Entre temps, il a pris contact avec Christophe Castaner et Christian Estrosi sans que ces contacts fructifient. Plus tôt, il a aussi échangé avec Nicolas Lesage, conseiller de Marine Le Pen. « Il y a eu il y a plusieurs mois des contacts mais pas dans le cadre des régionales », confirme Frédéric Boccaletti, directeur de campagne de Marion Maréchal-Le Pen. Mais c’est vers une autre liste qu’il se tourne pour justifier sa rupture de dialogue avec la Région coopérative. « Il m’a annoncé qu’il rejoignait Debout La France. Cela m’a un peu étonné », se souvient Guy Benarroche.

DROITS DES ANIMAUX

Du côté du parti de Dupont-Aignan, on confirme. « Effectivement, nous avons eu des discussions, précise Jean-Philippe Tanguy, délégué aux fédérations du mouvement. Nous nous étions dit qu’au moment de la COP 21, cela pouvait être pas mal de mettre en avant nos propositions écologiques. Mais autant nous étions d’accord sur les droits des animaux, les circuits courts et la relocalisation d’activités, autant il y avait un abîme entre nous sur les questions européennes et internationales. » Surtout, le responsable de DLF s’étonne de la date des échanges : « À dix jours du dépôt des listes, cela n’est pas très sérieux ».

Finalement, l’Alliance écologiste indépendante partira seule et uniquement en Provence-Alpes-Côte d’Azur avec le succès modeste mais réel que l’on connaît. Curieusement, son communiqué ne se contente pas d’un soutien à Christian Estrosi. Il ajoute à son long paragraphe sur PACA, un autre sur la région parisienne :

Pour la région Ile-de-France, nous soutenons, pour des raisons programmatiques, le candidat Claude Bartolone et demandons aux écologistes de cette région de voter pour lui étant donné l’engagement de Jean-Vincent placé, président de l’UDE.

L’Alliance n’a pas présenté de liste dans cette région et quand on l’interroge à ce propos, il se contente de dire qu’il apprécie le sénateur Placé qui a quitté EELV pour fonder l’UDE, il y a quelques mois. En revanche, Jean-Marc Governatori se refuse à placer sa candidature sur le billard à douze bandes de la carambole politique.

Comme Jean-Marc Governatori ne donne pas de consigne mais une « suggestion de vote », chacun pourra constater, dimanche, si sa suggestion est suivie et si son institut de l’écologie est une promesse à tenir ou déjà oubliée.

Publié par Rédaction le 11/12/15

Print Friendly, PDF & Email

Articles relatifs

Cet article est taggé dans:

Par reiller, le 12/12/2015

Ils ne se cachent même plus de s’acheter les uns les autres avec nos impôts. Ecœurant.

Par HUGH, le 12/12/2015

Cf. par exemple la fiche Wikipedia de JM GOVERNATORI.

Par Thierry, le 12/12/2015

J’espère que ces pourris vont perdre l’élection demain

Par reiller, le 13/12/2015

Soyez en sûr c’est le système qui pourrit, et s’il est battu ,le FN ne résistera pas bien longtemps à la tentation.

  • Par Thierry, le 11/03/2016

    Franchement, le FN, c’est la résistance 😉

    Par reiller, le 11/03/2016

    Vous croyez à la providence, je crois aux enchainements logiques.
    Et quand je me pose la question du pourquoi la situation actuelle et passée( car cela dure!) je ne vois comme raison objective que notre manière de trier( nous ne choisissons pas réellement) nos dirigeants. Mettre un intrus de ce panier, ne changera au mieux que les apparences verbales.

    Poster votre réaction

    Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *